Blandine de Lyon et l'Eglise persécutée

Publié le par Marie-Christine

Plan:
1. L'affaire des martyrs de Lyon
2. Le témoignage de Blandine
3. Eusèbe de Césarée


Contexte: l'Eglise persécutée dans l'empire romain


Dans tout l'empire romain, il y a quasiment liberté religieuse. Les uns croient aux dieux romains traditionnels (Jupiter, Junon, Mars, Neptune, Vénus,etc...), ou alors à leurs homologues grecs (Zeus, Athéna, Arthémis, Poséïdon, Aphrodite, ...), ou aux dieux païens de différentes contrées. En Gaule Bélénos, Bélisama, Toutatis (relisez vos Astérix). Ces religions ont en commun d'être polythéistes, c'est-à-dire de croire qu'il y a plusieurs dieux. Elles font bon ménage entre elles: un dieu de plus ou de moins, on n'est plus à un près!

Les juifs ont une dérogation spéciale: puisqu'ils n'ont qu'un seul Dieu qui n'accepte pas la concurrence, ils ont le droit de n'adorer que celui-là à condition d'être fidèle à l'empereur. Les premiers chrétiens, juifs, bénéficient de cette dérogation.

Le problème vient de ce que l'empereur devient de plus en plus exigeant. A la mort de l'empereur Auguste, on déclara qu'il était devenu dieu. Mais petit à petit ses successeurs ont voulu être dieux de leur vivant. Et ils ont exigé que l'on fasse des sacrifices devant leur statues. C'est ainsi que l'on prouvait que l'on était un bon citoyen.

En même temps, les chrétiens étaient de moins en moins juifs et se recrutaient de plus en plus parmi les païens. Donc pas de dérogation spéciale. Et sacrifier à l'empereur leur posait bien sûr un problème de conscience. C'est à partir de là que les persécutions contre les chrétiens ont commencé.

 

En Gaule, l'affaire des martyrs de Lyon

Le christianisme s'introduit tout d'abord en Gaule Narbonaise (Toulouse, Marseille, Lyon), qui était province romaine depuis 125 avant J.C., alors que le reste de la Gaule n'est romaine que depuis 50 avant J.C. On n'a que très peu de renseignements sûrs historiquement sur l'Eglise en Gaule à cette époque, mais il est certain qu'il y avait une communauté chrétienne à Lyon, à cause de l'affaire des martyrs de Lyon en 177, qui nous est rapportée par Eusèbe de Césarée..

Quant à Sanctus, lui aussi se montrait supérieur. "Je suis chrétien". C'était là ce qu'il confessait, successivement à la place de son nom, de sa cité, de sa race, à la place de tout, et les païens n'entendirent pas de lui d'autre parole. Aussi y eut-il une grande émulation du gouverneur et des bourreaux contre lui, si bien que, ne sachant plus que lui faire, ils finirent par appliquer des lames de cuivre rougies au feu aux parties les plus délicates de son corps... Son pauvre corps était le témoin de ce qui était arrivé: tout entier blessure et meurtrissure, contracté, privé de l'apparence d'une forme humaine

 


L'empereur Marc-Aurèle (161-180) fut responsable de nombreuses persécutions contre les chrétiens. A Lyon, le gouverneur fait du zèle, encouragé par la foule en colère: les chrétiens "furent insultés, frappés, traînés par terre, pillés, lapidés, emprisonnés ensemble; on leur fit subir tout ce qu'une multitude déchaînée a coutume de faire contre des adversaires et des ennemis. Ensuite, ils furent amenés au forum par le tribun et les magistrats préposés à la ville; interrogés devant le peuple, ils firent leur confession de foi, puis ils furent enfermés dans la prison jusqu'à l'arrivée du légat.."

Les esclaves païens qui ont des maîtres chrétiens les accusent d'inceste et d'anthropophagie; on torture les chrétiens pour leur faire avouer leurs méfaits. Ceux qui s'entêtent à ne pas renier leur foi sont envoyés au supplice: on coupe la tête aux citoyens romains et on envoie les autres aux bêtes sauvages.

Le témoignage de Blandine
Blandine de LyonBlandine était une jeune esclave, au service d'une famille chrétienne. Elle refuse d'accuser ses maîtres. Non seulement elle endure toutes sortes de supplices, mais en plus elle encourage les autres. On pensait qu'étant une faible femme et une esclave, on pourrait l'amener plus facilement à renier Christ. Rien ne lui fut épargné: les fouets, le chevalet qui sert à écarteler les membres, la chaise de fer rougie au feu, les bêtes féroces, livrée dans un filet à un taureau sauvage, et finalement la lance d'un soldat qui mit fin à ses souffrances.

Certains, saisis de crainte, renient le christianisme. Mais finalement, cela ne sert à rien, ils sont retenus en prison sur d'autres accusations. Aussi , fortifiés par la prière de Blandine et des autres, ils confessent à nouveau Christ. Finalement une cinquantaine de chrétiens subissent le martyre, et parmi eux, leur vieil évêque Pothin, âgé de quatre-vingt-dix ans.

...Mais la bienheureuse (Blandine), comme un généreux athlète, se renouvelait dans sa confession; c'était pour elle un réconfort, un repos, un arrêt dans la souffrance, que de dire: "Je suis chrétienne, chez nous il ne se fait  rien de mal."...Après les fouets, après les fauves, après le gril, elle fut finalement jetée dans un filet et livrée à un taureau. Longtemps elle fut projetée par l'animal, mais elle ne sentait rien de ce qui lui arrivait à cause de l'espérance et de l'attente de ce en quoi elle avait cru et de sa conversation avec le Christ: elle fut sacrifiée elle aussi, et les païens eux-mêmes avouaient que jamais chez eux une femme n'avait souffert d'aussi grandes et d'aussi nombreuses tortures...

(lettre des Eglises de Vienne et de Lyon, citée par Eusèbe de Césarée)


Non contents de ce résultat, les persécuteurs brûlent leurs corps, et  jettent les cendres dans le Rhône, pEusèbe de Césaréeensant ainsi les priver de la résurrection attendue...

 

  Eusèbe de Césarée, l'historien (environ 265-340)
Considéré comme le premier historien de l'histoire de l'Eglise, c'est lui qui nous laissé dans son Histoire Ecclésiastique de nombreux récits sur les chrétiens qui l'ont précédé, sur les empereurs, sur les persécutions et les martyrs. Il a aussi écrit des ouvages apologétiques et théologiques.


 

Pour en savoir plus:

sur les martyrs de Lyon: http://www.sources-chretiennes.mom.fr/index.php?pageid=martyrs_lyon 
sur Eusèbe de Césarée Wikipédia, article Eusèbe de Césarée
sur les oeuvres d'Eusèbe de Césarée, traduction française http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe

 

Publié dans Antiquité

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Pasteur Christophe Deville 01/05/2010 20:35


Un blog très intéressant, riche et précis. Continue !!!!